Le chemin de la guerison.

Un an après : mon combat contre la dépression et la reconstruction de ma vie

Il y a maintenant un an, j’ai atteint le point le plus bas de ma vie, plongée dans une obscurité qui semblait infinie. La dépression s’est abattue sur moi comme une tempête violente, m’entraînant dans un abîme où l’espoir semblait inaccessible et hors de portée. Au plus profond de cette crise, j’ai ressenti des pensées que je n’aurais jamais imaginées – des envies de tout abandonner et même des éclairs de colère envers les autres. Je ne me reconnaissais plus. L’image que je renvoyais et la personne que je sentais être au fond de moi n’avaient plus rien en commun.

Les répercussions physiques de la dépression étaient bien réelles. En l’espace d’un mois, j’avais pris 10 kilos, un reflet tangible du tumulte intérieur qui me rongeait. Ce poids n’était pas qu’une simple fluctuation ; c’était la manifestation de ma douleur, du stress et du chaos qui s’étaient installés dans ma vie. Mon corps reflétait la souffrance de mon esprit : des battements de cœur irréguliers, une tension constante, et une agitation omniprésente. La maladie ne se limitait pas à l’esprit, elle s’étendait à chaque recoin de mon être, une ombre s’insinuant dans toutes les dimensions de ma vie.

Malgré cela, j’ai continué à maintenir l’apparence d’une personne forte et stable aux yeux de mon entourage. J’ai forcé des sourires, j’ai joué le rôle de celle qui allait bien alors qu’à l’intérieur, je criais en silence pour un soulagement. Je me cachais derrière un masque de bonheur et de solidarité, toujours prête à donner des conseils, à tendre la main, ou à être présente pour les autres. Ironiquement, ceux qui me connaissaient le mieux croyaient toujours que j’étais cette personne fiable et heureuse que j’avais toujours été.

Cependant, derrière les portes closes, la réalité était tout autre. Je souffrais en silence, prise au piège de cette façade que j’avais construite. Cette illusion, bien qu’elle m’ait permis de tenir un moment, m’a aussi empêchée de voir l’ampleur de mon état. Je me suis réfugiée dans la nourriture et l’alcool, tentant désespérément de me convaincre que tout allait bien. Mais cette prise de poids, loin d’être anodine, était le reflet de mon mal-être, un moyen de cacher ma souffrance derrière une carapace.

Puis, au début de janvier, un événement a été le déclencheur d’une prise de conscience. Mon médecin m’a prévenu que si je ne changeais rien, j’allais devoir prendre des médicaments pour contrôler ma tension. Cette annonce a été un électrochoc. Avec l’aide de ma thérapeute, j’ai décidé de prendre les choses en main et de m’attaquer à une des conséquences les plus visibles de ma dépression : mon poids. La perte de poids est ainsi devenue un objectif thérapeutique, une manière de reprendre le contrôle sur ma vie et de redécouvrir celle que j’étais avant que la dépression ne prenne le dessus.

Durant cette période sombre, j’ai également perdu le lien précieux que j’avais avec mes enfants. Pour la première fois depuis la naissance de ma fille aînée, Noël est passé sans que je fasse le moindre effort. Pas de décorations, pas de sapin – le 25 décembre 2023, je suis restée allongée toute la journée, submergée par le désespoir. J’avais déjà entamé une thérapie, mais j’étais encore dans le déni de ma propre souffrance. Admettre la réalité était douloureux et terrifiant. Je ne voulais pas accepter que j’avais perdu pied, que celle sur qui tout le monde pouvait compter n’était plus que l’ombre d’elle-même.

La thérapie m’a permis de reprendre les rênes, de réapprendre à manger sainement et, surtout, à redécouvrir le goût de la vie. Pas à pas, j’ai retrouvé le plaisir de prendre soin de moi, de m’écouter, et de cesser de me cacher derrière des comportements destructeurs. J’ai appris à mieux comprendre mes propres faiblesses et à accepter qu’on ne peut pas toujours être fort pour tout le monde.

Aujourd’hui, un an après, je me sens suffisamment forte pour partager cette expérience, avec l’espoir qu’elle puisse aider ceux qui se trouvent dans une situation similaire. Il est essentiel de comprendre que, oui, nous pouvons tous fléchir sous le poids des épreuves. La santé mentale est une réalité complexe qui affecte de nombreux aspects de la vie, même ceux qui paraissent anodins. Nous croyons souvent que ceux qui sourient et semblent aller bien sont à l’abri, mais ce n’est pas toujours le cas. Il ne faut jamais attendre que le pire survienne pour réagir.

J’ai été diagnostiquée et j’ai accepté de me faire aider, une décision qui a changé le cours de ma vie. En partageant mon histoire, je souhaite dire à tous ceux qui souffrent en silence qu’il existe des solutions et que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais bien la première étape vers la guérison.

À mes proches qui liront ceci, je tiens à demander pardon pour avoir joué un rôle, pour avoir feint la force devant vous. Parfois, on se croit invincible jusqu’au jour où l’on doit utiliser cette force sur soi-même. Ce jour-là, on découvre à quel point on peut être vulnérable et combien il est difficile de trouver une oreille attentive, quelqu’un qui écoute sans jugement, sans attendre que l’on reste « celui qui va bien ».

Nous devons être indulgents envers nous-mêmes, accepter que la vulnérabilité est une force et que demander de l’aide est un acte courageux. À tous ceux qui luttent, sachez que vous n’êtes pas seuls. Prenez soin de vous, accordez-vous du temps et n’ayez pas peur de demander de l’aide. La route vers la guérison est semée d’embûches, mais elle vaut chaque pas fait en avant.

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